Le dossier ci-dessous est tiré du numéro 137 de PolCant Info, le magazine semestriel d’information de la Police cantonale vaudoise, rédigé par Alexandre Bisenz.
Vaud : Portrait du dispositif contre les violences domestiques
Appelée cinq fois par jour pour des cas de violences domestiques, la police œuvre sans relâche contre ce phénomène qui prend de l’ampleur chaque année. Elle est toutefois accompagnée dans ce combat par d’autres partenaires institutionnels, chacun dans un rôle précis. Le dossier que nous vous présentons vous permettra de comprendre comment s’orchestre la lutte contre ce fléau qui touche de nombreuses familles dans notre canton.

En 2024, plus de 1700 cas de violences domestiques ont été rapportés chaque jour à la police, soit près de cinq par jour, ce qui représente une hausse de 9% par rapport à 2023. Plus de 70% des victimes de violence entre partenaires et ex-partenaires sont des femmes. Ces chiffres illustrent la persistance d’un fléau qui touche tous les milieux sociaux. Les homicides commis dans le canton de Vaud en 2024 l’ont été contre des femmes et relevaient de la sphère domestique, rappelant l’urgence d’une prise en charge coordonnée et efficace.
Face à cette réalité, le canton de Vaud, via le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH), a renforcé le dispositif de prise en charge de ce phénomène. Aussi, l’adoption de la Loi d’organisation de la prévention et de la lutte contre la violence domestique (LOVD) en 2017 a transformé l’approche traditionnelle, passant d’interventions isolées à une stratégie coordonnée mobilisant l’ensemble des acteurs, qu’ils soient institutionnels ou associatifs. La police en fait partie, bien évidemment.
Un phénomène national persistant
À l’échelle suisse, près de 21’000 infractions liées aux violences domestiques sont enregistrées chaque année par la police. En 2023, 25 homicides ont été recensés dans la sphère domestique au niveau national, confirmant que ces violences constituent la principale cause de mortalité violente en Suisse (hors accidents de la route). Une personne meurt toutes les deux semaines des conséquences de la violence domestique, soit 25 personnes par an en moyenne, dont 4 enfants.
Une réponse cantonale coordonnée
La spécificité vaudoise réside dans l’articulation de multiples acteurs autour d’un objectif commun : briser le cycle de la violence et protéger les victimes. Cette approche systémique mobilise des compétences complémentaires, depuis l’intervention d’urgence jusqu’à la prise en charge thérapeutique, en passant par l’accompagnement judiciaire et social.
Les polices vaudoises, primo-intervenantes dans les situations de crise, jouent un rôle pivot dans ce dispositif. Formées aux spécificités de ces interventions, elles évaluent immédiatement la dangerosité de la situation et activent les mesures de protection appropriées, notamment l’expulsion du domicile de l’auteur des violences. Cette procédure, application du principe « qui frappe part », a connu une évolution spectaculaire : de 15 expulsions annuelles avant la LOVD adoptée en 2017, le canton en comptabilise désormais plus de 500 par an.
Une approche complémentaire
Mais les forces de l’ordre ne sont pas les seules à faire face : elles peuvent compter sur des partenaires compétents et organisés qui prennent le relais une fois l’intervention d’urgence terminée. L’Équipe mobile d’urgences sociales (EMUS) se rend sur place pour assurer une prise en charge immédiate des victimes, tandis que le centre LAVI Vaud, issu de la Loi sur l’aide aux victimes d’infractions, garantit un accompagnement juridique et psychologique spécialisé. Le centre d’hébergement d’urgence MalleyPrairie offre une solution de mise à l’abri immédiate pour les femmes et leurs enfants, complétée par les services du Centre Prévention de l’Ale qui assure la prise en charge des auteurs. L’Unité de médecine des violences (UMV) du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) apporte une dimension médicale au dispositif en permettant de documenter les traces de violences afin de constituer un dossier pour d’éventuelles suites judiciaires.
Enfin, la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) intervient spécifiquement pour protéger les mineurs, avec 689 signalements recensés en 2024, en augmentation par rapport à la moyenne annuelle de 591 signalements des années précédentes. Cette hausse témoigne d’une meilleure détection des situations à risque, mais aussi de la vulnérabilité particulière des enfants exposés aux violences conjugales. Le Ministère public du canton de Vaud a développé une expertise spécialisée en créant des unités dédiées au traitement de ces affaires. Cette spécialisation permet une meilleure compréhension des mécanismes de la violence domestique et une adaptation des poursuites pénales aux spécificités de ces dossiers.
Les défis de demain
Malgré ces avancées, les chiffres rappellent l’ampleur du défi. La hausse continue des interventions interroge : reflète-t-elle une augmentation réelle des violences ou une meilleure détection liée à l’amélioration du dispositif ? Les professionnels penchent pour une combinaison des deux facteurs, soulignant que la libération de la parole, encouragée par les campagnes de sensibilisation, révèle l’ampleur d’un phénomène longtemps occulté.
Statistiques détaillées des infractions de violences domestiques (2018-2024)
| Infractions de violences domestiques dans le canton de Vaud |
2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Homicides consommés (art. 111-113/16) | 3 | 2 | 3 | 0 | 3 | 7 | 4 |
| Homicides tentés (art. 111-113/16) | 8 | 8 | 6 | 3 | 5 | 5 | 3 |
| Lésions corporelles graves (art. 122) | 3 | 3 | 6 | 2 | 3 | 3 | 5 |
| Lésions corporelles simples (art. 123) | 151 | 155 | 110 | 112 | 144 | 134 | 168 |
| Voies de fait (art. 126) | 1130 | 1490 | 1464 | 1432 | 1245 | 1276 | 1423 |
| Mise en danger de la vie d’autrui (art. 129) | 5 | 8 | 3 | 8 | 10 | 9 | 16 |
| Injure (art. 177) | 954 | 1339 | 1224 | 1165 | 1060 | 1081 | 1140 |
| Utilisation abusive d’une installation de télécommunication (art. 179septies) |
89 | 53 | 53 | 37 | 41 | 60 | 66 |
| Menaces (art. 180) | 769 | 886 | 810 | 792 | 648 | 700 | 795 |
| Contrainte (art. 181) | 8 | 16 | 12 | 9 | 14 | 21 | 30 |
| Séquestration et enlèvement (art. 183/184) | 7 | 2 | 4 | 4 | 7 | 3 | 6 |
| Actes d’ordre sexuel avec des enfants (art. 187) |
65 | 64 | 48 | 58 | 77 | 66 | 63 |
| Actes d’ordre sexuel avec des pers. dépendantes (art. 188) |
0 | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 0 |
| Atteinte et contrainte sexuelles (art. 189)² | 49 | 75 | 59 | 61 | 63 | 36 | 40 |
| Viol (art. 190) | 19 | 14 | 19 | 14 | 14 | 47 | 84 |
| Actes d’ordre sexuel sur personne incapable de discernement (art. 191) |
4 | 1 | 5 | 2 | 4 | 9 | 8 |
| Autres articles du CP³ | 73 | 64 | 63 | 68 | 83 | 74 | 92 |
| Total infractions de violences domestiques | 3337 | 4180 | 3889 | 3767 | 3422 | 3531 | 3943 |
« Il faut passer d’une logique de surveillance des auteurs à une logique centrée sur la protection des victimes »

Pour le chef du Département de la jeunesse, de l’environnement et de la sécurité, comme pour l’ensemble du Conseil d’Etat, la lutte contre les violences domestiques est une priorité absolue. Le gouvernement travaille à renforcer tous les axes de son action, notamment par le déploiement de nouvelles mesures au sein des polices. Vassilis Venizelos insiste aussi sur la nécessité de développer la surveillance électronique active.
Interview du Conseiller d’État en charge de la sécurité
En matière de lutte contre les violences domestiques, le Canton de Vaud a mis sur pied un dispositif coordonné. Comment fonctionne-t-il ?
La prise de conscience du conseil d’Etat face au phénomène des violences domestiques – qui touche une famille sur cinq – ne date pas d’hier. Un dispositif coordonné a été mis sur pied il y a une dizaine d’années et développé depuis. Cette stratégie implique la coopération de tous les acteurs, de la prévention à l’intervention en passant par le suivi, qu’il soit répressif, thérapeutique ou social. En 2015, l’adoption par le Canton du principe « qui frappe part » a changé la donne et le nombre d’expulsions d’auteurs de violences suite à une intervention de police a explosé, contribuant à une meilleure protection des victimes.
Plusieurs services de l’Etat participent à ce dispositif, ainsi que l’intégralité de la chaîne pénale. Le DJES est en première ligne avec les interventions d’urgence de la Polcant ou la détention des auteurs. Mais aussi avec l’action de la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse qui prend en charge les enfants victimes de violences familiales qui sont de plus en plus nombreux – un signalement sur trois est concerné. Le Département de la santé et de l’action sociale (DSAS) joue également un rôle majeur, avec notamment la prise en charge thérapeutique ou les foyers d’hébergement pour les femmes victimes. Enfin, le BEFH (Bureau vaudois de l’égalité entre les femmes et les hommes) coordonne l’action de tous les acteurs impliqués.
Face à l’augmentation des infractions en matière de violences domestiques, ce dispositif est-il vraiment adapté ?
Le dispositif est efficace. L’augmentation du nombre d’interventions par les polices vaudoises le montre. Si ce chiffre est inquiétant (1722 interventions en 2024, +9% par rapport à 2023), il s’explique en partie par une meilleure détection des cas et un climat plus propice aux dénonciations. Cela dit, nous pouvons et nous devons encore améliorer notre prise en charge, en particulier au niveau de la gestion de la menace. L’année dernière, les 4 homicides enregistrés sur le territoire vaudois étaient tous des féminicides à la suite de violences domestiques. On ne peut pas l’accepter. C’est pour cela que j’ai demandé à mes services de travailler à l’élaboration d’un plan de mesures pour améliorer encore la prestation générale d’accompagnement aux victimes, adultes et enfants, après l’intervention d’urgence. Par exemple, en instaurant la présence dans chaque région de spécialistes référents en matière de violences domestiques mais aussi avec des mesures dans le domaine de la formation continue et de la prévention policière. L’ensemble des polices du canton est concerné par ce plan dont le déploiement va s’échelonner sur le moyen- long terme.
Quelles sont les autres nouvelles mesures de ce plan d’action violences domestiques ?
Une victime doit pouvoir bénéficier de la même prise en charge, qu’elle soit à Etoy ou à Château-d’Oex. Nous allons donc renforcer la coordination entre les différentes forces de polices actives sur le territoire vaudois dans le cadre des interventions d’urgence et standardiser les processus au niveau de la police coordonnée. Outre les nouveaux référents par région, nous allons aussi créer des espaces d’accueil confidentiels, confortables et rassurants pour accueillir les victimes en cas d’auditions ou dépôts de plainte. Des formations continues spécifiques dans le but de renforcer la détection des situations de violences doivent aussi être pensées, par exemple pour les opératrices et opérateurs du 117, qui sont en première ligne, mais aussi pour les référents spécialistes en matière de violence domestiques. Enfin, nous prévoyons d’évaluer scientifiquement le dispositif.
Le recours à la surveillance électronique est régulièrement évoqué pour freiner les violences domestiques, où en est-on ?
Le système de surveillance actuel permet d’exercer un contrôle a posteriori sur les auteurs de violence. Dans ces cas, ce système dit « passif » fonctionne bien. Mais pour protéger efficacement les victimes de violences domestiques, nous avons besoin de mettre sur pied un vrai dispositif de « surveillance active ». Il faut passer d’une logique de surveillance à une logique centrée sur la protection des victimes. Cela permettra de localiser les agresseurs et d’intervenir en temps réel ou presque, avec une gestion immédiate des messages d’alerte. Et en la matière, il est temps de mettre les bouchées doubles. La peur doit changer de camp. En tant que président de l’association EM Electronic monitoring (ndlr : créée par la Conférence des chefs des départements cantonaux de justice et police – CCDJP – et qui regroupe aujourd’hui 22 cantons, 23 dès le 01.01.26 avec l’arrivée du Jura), j’ai la ferme intention de faire avancer ce projet. Sur la base d’un projet pilote mené à Zurich, qui a rendu ses résultats en septembre dernier, nous allons pouvoir proposer un dispositif clé en main d’ici le printemps pour mener des tests dans les différents cantons.
Que faut-il retenir du projet-pilote zurichois de surveillance électronique ?
Zurich est le seul canton à avoir expérimenté la surveillance électronique active dynamique (port simultané d’émetteurs par l’agresseur et la personne à protéger). Ce projet pilote a montré qu’il est possible de déployer un dispositif efficace avec peu de ressources. L’association Electronic Monitoring salue ces résultats qui soulignent la pertinence de cette approche. Mais ce projet pilote montre également qu’un tel système ne peut déployer pleinement son efficacité que s’il est mis en œuvre de manière coordonnée entre les cantons, afin d’avoir une couverture géographique optimale. Cela constitue un défi pour notre fonctionnement fédéraliste. Le Canton de Vaud veut donner l’exemple. Nous devons saisir l’opportunité de ma présidence d’Electronic monitoring pour aller de l’avant. Mais je le répète : le recours au bracelet électronique n’est pas la solution miracle. Il s’agit d’un moyen pour lutter contre les violences domestiques qui doit s’inscrire dans un ensemble de mesures cohérent et adapté aux besoins des personnes à protéger.
Quels défis concrets pour les forces de police poserait la mise en œuvre de la surveillance électronique active dans le canton de Vaud ?
Pour qu’un dispositif de surveillance active soit efficace, il nécessite la mobilisation de ressources tant humaines que technologiques, ainsi que la mise en place d’une série d’actions concrètes : le renforcement du processus de transmission de l’information et l’établissement de protocoles d’engagement clairs entre les différents acteurs de la chaîne pénale mais également entre les cantons. Un projet pilote pourrait permettre de tester ces processus à l’échelle cantonale. Il mettrait aussi en lumière les principaux défis dont il faudrait tenir compte en cas de généralisation de la pause des bracelets. J’ai bon espoir que nous puissions avancer sur du concret dès 2027.
Le ministère public a mis sur pied un pôle de compétences
Le Ministère public vaudois a créé en 2023 un pôle de compétences spécialisé dans les violences domestiques. Chaque arrondissement dispose désormais de référents formés qui instruisent leurs collègues et traitent les cas complexes. Rencontre avec la procureure Laurence Brenlla, porteuse de ce projet.

Le Ministère public vaudois et son pôle de compétences spécialisé
Face à l’évolution rapide des connaissances sur les violences domestiques, le Ministère public vaudois a créé fin 2023 un pôle de compétences spécialisé. Désormais, chaque arrondissement du canton dispose d’une personne référente et d’un suppléant spécifiquement formés aux violences domestiques. Cette nouvelle architecture marque une évolution au sein du Ministère public, où les référents se contentaient d’apporter un soutien ponctuel dans le traitement des affaires. « Maintenant, ils forment les autres procureurs à cette problématique, explique la procureure Laurence Brenlla, référente du domaine. Cette approche vise à diffuser l’expertise au sein de l’institution, garantissant une prise en charge tenant compte des évolutions. » Ainsi formés, les référents prennent également en main les dossiers plus délicats comme les récidives dans les cas de violences domestiques, ainsi que certaines affaires comportant une dimension sexuelle. Cette prise en charge s’appuie sur leurs connaissances approfondies dans ces domaines acquises lors de leurs formations.
L’adaptation aux évolutions scientifiques
Les premiers retours de cette organisation se révèlent positifs, encourageant le Ministère public à poursuivre dans cette voie. Dès cet automne, une formation complète à l’attention de tous les procureurs d’arrondissement viendra compléter le dispositif, et sera dispensée ensuite à tous les nouveaux magistrats. « Les avancées scientifiques progressent constamment et cela doit être pris en compte dans l’approche judiciaire », souligne Laurence Brenlla.
Cette réorganisation répond d’autre part à l’impératif de la Convention d’Istanbul, ratifiée par la Suisse en 2021, qui exige notamment des États signataires qu’ils forment leurs professionnels aux spécificités des violences domestiques. Le texte européen impose une approche globale et coordonnée de ces violences.
Coordination avec les partenaires
Au-delà de la spécialisation interne, le pôle de compétences vise à renforcer les liens avec les autres acteurs. « Nous consolidons les relations avec les autres intervenants via des rencontres annuelles, explique Laurence Brenlla. Cette approche collaborative reconnaît que la réponse judiciaire ne peut être efficace qu’en ayant une bonne connaissance du dispositif plus large de prise en charge. » D’autre part, les procureurs référents donnent un certain nombre de conférences : ils ont notamment participé à la Journée du réseau organisée annuellement par le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes, occasion de débattre d’un thème spécifique lié aux violences domestiques. Cette coordination s’intensifie également dans le cadre de la Commission cantonale de lutte contre les violences domestiques (CCLVD), où magistrats, policiers, travailleurs sociaux et professionnels de la santé échangent régulièrement sur leurs pratiques.
Un changement de paradigme
Il apparaît que cette évolution de la prise en charge des affaires de violences domestiques relève, de la part du Ministère public, d’une prise de conscience plus large : les violences domestiques ne peuvent être traitées efficacement qu’à travers une approche pluridisciplinaire, combinant expertise judiciaire, connaissances scientifiques et coordination avec les partenaires.
Le bureau de l’égalité, grand coordinateur
Institution pionnière dans ce combat, le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH) coordonne les actions en matière de prévention et de lutte contre les violences domestiques dans le canton de Vaud. Explications.
Le Bureau de l’égalité entre les femmes et les hommes (BEFH) : coordination et prévention
« La mission du BEFH consiste à encourager la réalisation de l’égalité entre les sexes dans tous les domaines, que ce soit auprès du grand public, des entreprises et des institutions, explique Maribel Rodriguez, cheffe du Bureau depuis 2017. Nous œuvrons selon deux grands axes : la coordination des actions sur le terrain et la réalisation de campagnes d’information et de formation. Notre rôle consiste également à faire le lien entre les acteurs et les décideurs : ainsi, nous pouvons contribuer à faire évoluer la loi. »
Pour ce qui est des violences domestiques, l’adoption de la Loi vaudoise d’organisation de la prévention et de la lutte contre la violence domestique (LOVD) en 2017 a permis de renforcer la coordination entre les acteurs principaux, dont les centres LAVI (dérivant de la Loi fédérale sur l’aide aux victimes), l’Équipe mobile d’urgences sociales (EMUS), le centre MalleyPrairie, le Centre de prévention de l’Ale et l’Unité de médecine des violences (UMV). De leur côté, le Ministère public et la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) ont renforcé leur dispositif pour faire face à ce fléau.
Trois années importantes pour renforcer la lutte
La cheffe du BEFH reprend : « Trois années charnières ont fait évoluer la prise en charge des violences domestiques dans le canton de Vaud. La première est l’année 2017 avec l’adoption de la LOVD qui a, entre autres, ancré le principe « qui frappe part », soit l’éloignement des auteurs de violences du domicile conjugal avec obligation de se rendre à un premier entretien socio-éducatif. » On est ainsi passé de 30 expulsions par an avant 2015 à plus de 500 l’année dernière. Cette loi a accru la protection des victimes et renforcé le suivi des auteurs. La deuxième année importante est 2021, suite à la ratification par la Suisse de la convention d’Istanbul, ce traité européen qui amène les États signataires à prendre des mesures concrètes afin d’éliminer toute forme de violence domestique sur leur territoire. Le Canton s’est doté d’un Plan de mise en œuvre afin de s’assurer de remplir les exigences de la Convention. Et en 2024, l’action du Bureau de l’égalité a encore été renforcée par l’adoption du nouveau droit pénal en matière sexuelle, au mois de janvier. Cette révision approuvée par le Parlement national, marque une étape importante en élargissant les infractions de viol et de contrainte sexuelle. Elle a notamment introduit le principe du « non, c’est non » qui exige le consentement explicite ou implicite (notamment avec la notion de sidération) du ou de la partenaire pour toute relation sexuelle. Ces évolutions législatives nous ont permis de faire des avancées significatives dans notre lutte.»
Des campagnes d’information et des formations
Le BEFH développe également un volet consacré à la formation et à l’information de la population. Dans ce cadre, il propose des formations pour les professionnels de divers domaines. Pour les plus jeunes, il propose différents programmes, comme « As de cœur » pour les 11-13 ans, la campagne sur les réseaux sociaux « amoureux.se » et le jeu numérique « ALTernatives – pour une relation sans violence », tous deux proposés aux 16-25 ans. Enfin, il effectue des recensements qui permettent d’avoir une vue d’ensemble sur le phénomène.
« La police est de plus en plus sollicitée »
Les forces de l’ordre sont régulièrement amenées à intervenir en urgence pour des violences domestiques et à chaque intervention, les patrouilles font face à des situations dramatiques, impliquant parfois des personnes qui pourraient être armées. La caporale Caroline Parisi, qui est intervenue sur une centaine de cas, explique la complexité de ces interventions, qui sont toutes délicates.

Le travail de la police lors des interventions pour violences domestiques
Quatre à cinq fois par jour, le 117 est sollicité pour des violences domestiques. Lorsque la centrale reçoit un appel, une patrouille de gendarmerie ou d’une police communale est immédiatement dépêchée sur place. Sur le terrain depuis plus de 12 ans, la caporale Caroline Parisi a déjà traité plus d’une centaine de cas de violences domestiques. Elle explique : « Pour nous, les interventions pour des violences domestiques sont toujours délicates. Nous les prenons très au sérieux et nous essayons de nous préparer au mieux durant le trajet. Nous nous renseignons principalement sur le foyer dans lequel nous intervenons : y a-t-il des antécédents, une arme est-elle inscrite ? Ces éléments changeront la manière dont nous agirons. Nous devons toujours procéder avec la plus grande prudence. »
« Sur place, nous devons être attentifs à tous les signes »
Pour les intervenants, il y a toujours un moment de tension devant la porte du logement. « Nous essayons d’abord d’identifier les éventuels bruits qui pourraient nous renseigner sur l’état de la crise. Une fois dans le foyer, nous faisons attention à notre sécurité et celle des personnes impliquées, car nous ne savons pas comment nous allons être reçus. »
Chaque intervention dure plus de quatre heures
En général, la présence des gendarmes ramène le calme et il devient possible de commencer la procédure. Avant toute chose, il faut veiller à la mise en sécurité de la victime et des enfants. Ensuite, il faudra prendre les premiers renseignements et déterminer s’il s’agit bien d’une violence domestique.
Caroline Parisi reprend : « Il faut comprendre que chaque intervention prend environ quatre heures. C’est le temps qu’il faut pour que la situation revienne au calme, pour que nous menions de manière séparée les auditions de l’auteur et de la victime, qu’un procureur soit avisé si besoin, que les premières mesures soient prises et que le cas soit formellement transmis au Ministère public. Ensuite, nous allons renseigner les institutions partenaires. » Dans ce genre d’affaires, les auditions prennent du temps, car il faut faire remonter les éléments importants et les antécédents du couple. Pour cela, elles se déroulent selon un canevas préparé à l’avance afin de récolter les mêmes éléments de la part de l’auteur et de la victime, mais surtout, pour ne rien oublier. Les déclarations seront ensuite comparées puis le rapport d’intervention sera transmis à la justice, ce qui enclenchera une procédure.
L’expulsion de l’auteur
Si l’expulsion est décidée par le ou la chef-fe de section de la Gendarmerie mobile, qui est informé-e de tous les cas de violences domestiques, l’auteur doit quitter le logement immédiatement, et ce, pour une durée de 30 jours. Dans ce cas, les patrouilles lui demandent de préparer ses affaires, de quitter le logement. Le cas sera ensuite évalué par le Tribunal civil pour la durée de la mesure.
L’urgence passée, l’affaire est transmise au Ministère public et aux institutions partenaires
Lorsque l’intervention d’urgence est terminée, le rôle des primo-intervenants s’achève et la patrouille pourra être immédiatement envoyée sur une autre urgence dans le canton. De son côté, la Police de Sûreté, via la brigade des mœurs, procédera à des auditions complémentaires si des faits d’agression sexuelle sont annoncés par la victime. Dès cet instant, ce sont les partenaires institutionnels (EMUS, LAVI, Centre d’accueil Malley-Prairie, ALE, UMV et DGEJ) qui prendront en charge l’auteur et la victime pour assurer un suivi, en fonction des situations.
Caroline Parisi conclut : « Toutes ces mesures prennent du temps. Encore une fois, entre l’appel d’urgence au 117 et notre départ du foyer en crise, minimum quatre heures se seront écoulées et ces interventions nous sont demandées quatre à cinq fois par jour. Nous faisons notre part, mais nous devons être unis dans cette lutte pour parvenir à infléchir la courbe des cas de violences domestiques sur le territoire vaudois. »
Statistiques de l’Office fédéral de la statistique (OFS) – 2018-2024
| Nombre d’affaires officiel de l’Office fédéral de la statistique (OFS) |
2018 | 2019 | 2020 | 2021 | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Nombre de cas rapportés | 1549 | 1820 | 1681 | 1617 | 1499 | 1582 | 1722 |
| Infractions de violence domestique | 3337 | 4180 | 3889 | 3767 | 3422 | 3531 | 3943 |
« La police de sûreté est impliquée en cas d’agression sexuelle »
La police de sûreté, via la brigade des mœurs, est impliquée dans les enquêtes sur les violences domestiques, lorsqu’en plus de la violence elle-même, des agressions sexuelles ont été commises. Explications de Max Vilmenay, remplaçant chef de la brigade des moeurs.

La police de sûreté et la prise en charge des agressions sexuelles
« Nous ne sommes pas systématiquement engagés pour les cas de violences domestiques, explique le commissaire adjoint Max Vilmenay, remplaçant chef de la brigade des mœurs. Mais lorsqu’il y a eu viol ou contrainte sexuelle déclarée par la victime dans le cadre d’une violence domestique, une prise en charge commune est effectuée entre la Gendarmerie et notre brigade. L’audition de la victime est effectuée par la Gendarmerie et l’auteur l’est par la permanence sûreté. Les collaborateurs des mœurs sont toujours à disposition pour les collègues primos-intervenants afin de relire l’audition de la victime. »
Changement de loi en 2024 : « Non, c’est non »
Une grande évolution a eu lieu avec un changement de loi en 2024. Max Vilmenay explique : « Le code pénal a changé et dans le cadre d’une relation sexuelle, il a instauré le principe du « Non, c’est non » qui implique que la femme doit avoir donné son accord explicite (refus verbal et non verbal) pour qu’une relation sexuelle ait lieu. Le non-respect de ce principe par l’auteur peut maintenant être qualifié de viol par les magistrats. Bien sûr, nous agissions déjà avant ce changement, mais l’évolution de 2024 nous permet maintenant de systématiser nos prises en charge. »
Avant tout, il est important pour la brigade des mœurs de confirmer qu’il y a eu une infraction d’ordre sexuel. « Pour ce faire, reprend Max Vilmenay, nous avons créé une capsule vidéo ainsi qu’un aide-mémoire pour mener les auditions, de sorte toutes les personnes victimes d’agression sexuelle suivent la même procédure. Cette marche à suivre est destinée à identifier les sept caractéristiques que l’on doit retrouver dans une plainte pour agression sexuelle. À la fin de cette audition, nous devons avoir reçu toutes les informations importantes, car il n’est pas souhaitable de retourner vers la victime plusieurs jours plus tard pour obtenir des éléments complémentaires. »
Agressions sexuelles : les trois cas de figure
Concernant les agressions sexuelles, il existe trois cas de figure et trois manières de les prendre en charge. Il y a d’abord les cas de viol, de contrainte ou d’atteinte sexuelle qu’une victime vient spontanément annoncer à la police. La Brigade des mœurs procédera à tous les actes d’enquête – avec l’audition de la victime et d’éventuels témoins avant d’entendre l’auteur. Ce dernier sera convoqué pour son audition et sera dénoncé au Ministère public.
Dans le deuxième cas de figure, la victime d’une violence domestique fait des révélations à ce sujet aux intervenants au cours de la procédure de violence domestique. La Gendarmerie procédera à l’audition de la victime selon le canevas fourni. Quant à la permanence de la police de sûreté, elle prendra alors en charge le prévenu au matin afin de compléter le dossier de violence domestique, qui sera ensuite transmis au Ministère public pour la suite de la procédure.
Le troisième cas concerne des désagréments d’ordre sexuel, comme des attouchements, des comportements ou des paroles obscènes. Ces cas restent dans les mains des primo-intervenants, Gendarmerie ou police communale, avec une prise de plainte.
Ainsi, bien que le nombre de cas augmente chaque année, l’évolution du cadre légal et des procédures renforcent l’efficacité du travail de la police (Gendarmerie – Sûreté) dans un domaine où la parole de la victime est mise au centre de nos préoccupations.
Plusieurs institutions viennent en aide aux victimes de violences
Chacun dans son registre, les partenaires de la lutte contre les violences domestiques coordonnent leurs actions pour soutenir à la fois les victimes et les auteurs. Présentation des principales institutions du canton de Vaud qui œuvrent aux côtés des forces de l’ordre.
L’EMUS : pour les premières mesures socio-médicales
« L’EMUS prend en charge le volet socio-médical des interventions d’urgence, explique la responsable Anna Laget. Ainsi, lorsque nous sommes sollicités par les forces de l’ordre pour une violence domestique, nous nous rendons sur place et nous procédons à une première évaluation médicale et psychologique de la victime. Nous réalisons parfois quelques soins légers et nous la renseignons sur les aides qu’elle peut solliciter. L’intervention de l’EMUS permet souvent à la victime de s’ouvrir sur des difficultés financières ou matérielles. Aussi, sur délégation des centres Lavi, l’EMUS peut, dans l’urgence, débloquer une aide financière pour que la personne et sa famille puissent se nourrir ou acheter un téléphone portable. Nous la renseignons notamment sur l’existence de la LAVI et de l’Unité de médecine des violences. Si l’auteur est expulsé du foyer, nous examinons le logement pour évaluer son niveau de sécurité. S’il n’est pas suffisant, nous proposons à la victime de se rendre au centre d’hébergement MalleyPrairie. Nous ne faisons que des propositions, car en finalité, toutes les décisions seront prises par la victime. »
L’Équipe mobile d’urgences sociales (EMUS) est une structure d’Unisanté. Elle prend en charge les personnes en situation de précarité, de vulnérabilité ou de troubles mentaux, que ce soit à domicile ou sur le domaine public. Anna Laget reprend : « Depuis 2016, nous avons un mandat cantonal pour intervenir auprès de toutes les violences domestiques après expulsion de l’auteur (art 28B CC). Durant l’année 2024, nous sommes intervenus auprès de 3’500 personnes en difficulté, dont 350 victimes de ces violences. Toutes ces interventions sont des cas d’urgence. Nous restons avec la personne le temps qu’il faut, afin de nous assurer qu’elle ne court pas un danger vital et que toutes les informations lui ont été transmises. En général, nos interventions durent une heure, après quoi, ce sont la justice et les autres partenaires qui prennent en charge les auteurs et les victimes. »
La LAVI : pour l’aide d’urgence aux victimes
Présents dans tous les cantons, les Centres LAVI sont des centres de consultation prévus par la Loi fédérale sur l’aide aux victimes (LAVI). Son but : renforcer les droits des victimes et apporter une aide psychologique, juridique ou financière aux victimes et à leurs proches dans le cadre de différentes sortes d’événement ayant occasionné des lésions corporelles graves, comme un accident de la route, une erreur médicale, une menace, un viol, des violences domestiques, une tentative d’homicide, etc.
« Les victimes s’adressent à nous spontanément ou nous les contactons, à leur demande, lorsque nous recevons un signalement de la police, explique Naima Topkiran, cheffe de service depuis le début de l’année. L’accès aux prestations et possible, sans dépôt de plainte et même si l’auteur n’est pas identifié. Avant tout, nous mettons la victime au centre de notre action et essayons de comprendre ses besoins. Le fait de la reconnaître comme victime est très important pour elle, car cela lui permettra de ne pas se sentir coupable. Notre centre traite près de 4’300 dossiers par année et dans ce chiffre, plus de 1’500 sont des cas de violences domestiques qui nous sont signalés par la police, c’est beaucoup… et le phénomène prend de l’ampleur. »
Dans le détail, trois types de soutien sont proposés par la LAVI : le soutien psychologique, qui porte son attention sur les éventuelles réactions de stress aigu induites par la situation de violence subie, le soutien juridique qui informe la victime sur ses droits et sur les démarches juridiques qu’elle peut entreprendre, et enfin, le soutien financier qui prévoit une aide immédiate ou à plus long terme selon les cas. Naima Topkiran complète : « Notre prise en charge est limitée dans le temps. Elle dure le temps que les suivis psychologique et juridique se mettent en route. »
La Direction générale de l’enfance et de la jeunesse : pour protéger les enfants
« Elle jouait dans sa chambre… », « Il dormait, il n’a rien entendu… » : ces phrases traduisent une fausse croyance. Même sans être directement agressés physiquement, les enfants exposés à la violence conjugale en souffrent. Ils sont des victimes à part entière. Dans le canton de Vaud, la violence domestique est la première cause de signalement d’enfants en danger dans leur développement, représentant 30% des cas.
Pour les protéger, la Direction générale de l’enfance et de la jeunesse (DGEJ) a mis en place un dispositif où la police joue un rôle clé. Lors d’interventions à domicile au motif de violence domestique, les rapports de police sont transmis à la DGEJ. Selon la gravité, une mesure de protection est mise en place, avec ou sans mandat judiciaire. Et dans les situations qui ne requièrent pas une action de protection, il y a, à minima, un courrier d’information et de prévention qui est adressé aux parents pour les rendre attentifs aux conséquences néfastes sur le développement de l’enfant d’une exposition à la violence dans le couple parental.
Le CAN Team, Unité hospitalière de protection de l’enfant et de l’adolescent du CHUV, propose une consultation psychologique spécialisée. Lors de deux séances, l’enfant peut s’exprimer sur son vécu et ses besoins, sans qu’on investigue les faits de violence survenus. Une évaluation est menée et des recommandations sont transmises aux parents. Ce service, financé par la DGEJ, est gratuit pour les familles.
La garde des enfants et le droit de visite en contexte de violence requièrent une vigilance extrême. La garde alternée peut être inadaptée, voire dangereuse. La DGEJ suit les recommandations de la Conférence suisse contre la violence domestique (CSVD) pour guider les autorités judiciaires. Enfin, il est nécessaire de renforcer la formation des professionnel·le·s (DOSAVI, Centre MalleyPrairie, etc.) pour améliorer la détection et l’orientation des situations. Protéger les enfants de la violence domestique est un enjeu majeur de santé publique. La coopération Police–DGEJ est essentielle pour briser le cycle de la violence et garantir à chaque enfant un environnement sécurisé et propice à son développement.
L’Unité de médecine des violences : pour documenter les violences
Les victimes de violences peuvent faire constater leurs blessures par le corps médical. « Le rôle de l’UMV (Unité de médecine des violences) consiste à établir la documentation médico-légale des violences vécues, explique la médecin-cheffe Nathalie Romain-Glassey, responsable de l’Unité. Les victimes pourront ensuite l’utiliser dans une procédure pour les aider à faire valoir leurs droits. »
Ces consultations sont assurées par une équipe infirmière spécifiquement formée qui travaille en collaboration étroite avec des médecins légistes. Nathalie Romain-Glassey reprend : « Notre démarche commence par un accueil et une écoute attentive permettant aux personnes qui s’adressent à nous de raconter les évènements violents auxquels elles ont été confrontées. Puis nous procédons à un examen physique, ce qui nous permettra d’élaborer un constat qui sera accompagné des photographies des lésions. »
L’UMV a été créée en 2006 et s’adresse à toute victime adulte. Les mesures mises en œuvre à cette époque avaient mis en évidence le besoin d’une structure médico-légale spécialisée dans la prise en charge des adultes victimes de violences conjugales. Mais outre les violences domestiques – qui représentent environ 40% des demandes – l’UMV s’adresse à toutes les personnes qui ont subi une agression sur la voie publique, sur le lieu de travail, au domicile, etc. « Selon les cas, l’UMV proposera une orientation au sein du réseau des institutions et associations partenaires, comme les centres LAVI ou MalleyPrairie. Malheureusement, malgré tout ce qui est mis en place au niveau cantonal, le nombre de demandes de consultations grandit d’année en année. C’est un vrai défi que nous devrons relever », conclut Nathalie Romain-Glassey.
Centre de l’Ale : pour donner la parole aux auteurs
Depuis l’adoption de la Loi vaudoise contre les violences domestiques (LOVD) de 2017, les auteurs de violences ont l’obligation de se rendre au centre de prévention de l’Ale à Lausanne pour y suivre un entretien suite à l’expulsion du domicile. « Ces entretiens ont pour but d’amener les auteurs à se responsabiliser et à les amener à faire un travail sur eux-mêmes », explique le directeur Philippe Bigler, également directeur du centre Malley-Prairie.
Ces rendez-vous sont un préambule à une prise en charge plus complète, car le centre de l’Ale propose différents types d’accompagnement pour contrer le recours à la violence. Depuis l’adoption de la loi et l’obligation de consulter qui en résulte, les chiffres de fréquentation ont fortement augmenté. Philippe Bigler reprend : « Cependant, il est rare que les auteurs expulsés entrent dans les programmes de groupe, car seul le premier entretien est obligatoire. Il faut du temps pour que la personne accepte de nous voir régulièrement. La grande majorité des auteurs rejettent la faute sur la victime ou se disent eux-mêmes victimes de la situation. En revanche, le Centre reçoit également des personnes qui viennent chercher de l’aide de leur plein gré. Évidemment, elles sont plus assidues à accepter la prise en charge que nous proposons. »
Aspect positif, la justice oblige de plus en plus de personnes à suivre des programmes. (art.55a) Rattaché à la Fondation MalleyPrairie, le Centre Prévention de l’Ale a repris depuis janvier 2016 les activités développées dans le canton de Vaud auprès des personnes ayant recours à la violence. La mission du Centre est d’accueillir et d’accompagner des personnes majeures ayant recours à des agressions ou des actes violents au sein du couple pour leur venir en aide via plusieurs programmes adaptés à chacun. En 2024, le centre a accueilli plus de 750 personnes, dont 85% d’hommes. Philippe Bigler complète : « Il faut d’abord faire comprendre que nous ne sommes pas la justice et que nous sommes là pour les accompagner sur le chemin qui aboutira à l’abandon du recours à la violence. Notre travail est stimulant. Car on voit que, pour les personnes qui s’investissent dans les groupes, la violence physique s’arrête rapidement. »
MalleyPrairie : pour héberger les victimes de violences domestiques
Installé dans le sud lausannois depuis 1976, le Centre d’accueil MalleyPrairie est un maillon central de la protection des victimes de violences. Philippe Bigler, directeur du centre, et également du Centre de prévention de l’Ale, explique : « Notre institution accueille en urgence ou sur rendez-vous des femmes victimes de violences domestiques ou qui se sentiraient en danger dans leur logement malgré l’éloignement de l’auteur. Nous hébergeons ces femmes et nous les accompagnons durant les procédures qui vont suivre. »
À l’intérieur du Centre, les résidentes se voient offrir un suivi adapté à chaque situation. La préoccupation principale est la mise en protection. Les victimes sont accompagnées pour les nombreuses démarches à faire ainsi que sur un plan émotionnel. Une attention particulière est accordée aux enfants ainsi qu’un soutien à la parentalité.
En dehors de l’hébergement d’urgence, le Centre propose également des entretiens ambulatoires dans une dizaine de villes du canton. Ces prises de contact sont destinées aux personnes qui vivent une situation de violence, déclarée ou latente, dans le but de trouver des alternatives ou de recevoir des informations.
Face à une demande croissante, le Centre a ouvert en 2022 une seconde adresse à Morges qui peut héberger 10 femmes supplémentaires. Le principe « qui frappe part », instauré en 2017 par la Loi sur les violences domestiques permet l’éloignement des auteurs du domicile conjugal. « Mais force est de constater, explique Philippe Bigler, que la demande, en places d’hébergement d’urgence ne cesse de croître. Cela témoigne de la complexité de la situation et de la nécessité d’une prise en charge coordonnée entre tous les partenaires. »
💡 Pour aller plus loin
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